BiÔCapitaine

31 mars 2026

Champi-gnaque

Figure emblématique et rassurante de la biotech en Wallonie, François Blondel incarne l’énergie de l’entrepreneur autant que la confiance de l’industriel. De la pétrochimie aux sciences de la vie, celui qui se définit avant tout comme un passionné est aujourd’hui un interlocuteur privilégié pour aborder les évolutions du paysage économique wallon. À la tête de KitoZyme et de ses spin-offs, KiOmed et BiOkuris, l’homme gère depuis Herstal une équipe de cent personnes parties à la conquête du monde. Une odyssée qu’il retrace volontiers, toujours avec son regard particulier.

Gestionnaire, stratège, investisseur ou entrepreneur, François Blondel a presque autant de casquettes qu’il a de projets. Nominé Manager de l’année il y a 7 ans, c’est dans la pétrochimie, chez Petrofina, qu’il débute sa carrière en Europe puis aux Etats-Unis. Il quitte le secteur de la chimie lorsqu’il prend les commandes d’IBt (International Brachytherapy), une start-up active dans le traitement du cancer de la prostate. Une révélation pour celui qui est, depuis, devenu Monsieur Biotech en Wallonie, un porte-parole officieux du secteur de la santé: « Je me suis rendu compte à quel point ça correspondait à mon ADN. Les Life Sciences sont véritablement un domaine d’activité à part, car il s’agit d’œuvrer à l’amélioration de la santé, c’est-à-dire de la qualité de vie des gens. C’est ça qui est en jeu et qui m’a convaincu de m’y consacrer corps et âme ».

 

Itinéraire balisé

 

À l’origine, c’est sur invitation de son ami Carl Mestdagh que François Blondel rejoint l’aventure de KitoZyme, alors une petite société de R&D très fortement déficitaire qui travaille sur un chitosan d’origine fongique, un polymère naturel issu de la chitine, habituellement extraite des carapaces d’insectes ou de crustacés. En 2013, il monte à bord et entreprend de centrer l’activité de la PME. Deux ans plus tard, la société passe dans le vert. Et quand les Mestdagh lui proposent de poursuivre l’aventure, il accepte, à condition d’en devenir co-actionnaire.

Convaincu de la valeur du chitosan développé par KitoZyme – le seul au monde d’origine végétale – et de ses nombreuses applications, François Blondel entreprend d’avancer vers la commercialisation. Pour éviter de s’éparpiller, il décide de procéder par étapes, en construisant des véhicules dédiés en fonction des débouchés. En 2014, il organise une première spin-out de KitoZyme sur une idée simple : offrir une alternative à l’acide hyaluronique, utilisé dans le traitement de l’arthrose du genou, de l’œil sec et en cosmétique. Baptisé KiOmed Pharma, le projet devient rapidement une aventure à part entière.

François Blondel

Recherche, études cliniques, développement et commercialisation… en dix ans, KiOmed devient un nom bien connu dans le paysage biotech wallon. Il y a un an, la biotech a levé 18 M€ pour accélérer sa commercialisation internationale, notamment en Chine, où son gel contre l’arthrose a été approuvé en septembre par la NMPA, l’administration nationale des produits médicaux chinois.

Une trajectoire remarquable qui ne constitue pourtant qu’un des axes développés par l’entrepreneur, qui aime courir plusieurs lièvres à la fois. En suivant la même logique que pour KiOmed, mais à partir d’une autre molécule produite chez KitoZyme, l’équipe fonde BiOkuris en 2021, installée en partie au LégiaPark. Trois entreprises complémentaires mais avec des temporalités différentes : KitoZyme, rentable et qui produit les molécules d’origine, KiOmed, en phase de commercialisation pour une partie de ses applications, et BiOkuris, actuellement au stade des études cliniques. Un séquençage stratégique qui permet à François Blondel d’avancer par étape, tout en maîtrisant la croissance sur des cycles longs, propre au secteur pharmaceutique.

François Blondel

Avec KiOmed, nous sommes aujourd’hui présents dans 20 pays où nous avons traité plus de 55.000 personnes. En Belgique, chaque quart d’heure, nos produits permettent de soulager quelqu’un. Nous grandissons à l’international, en particulier sur le marché asiatique où nous nourrissons de grandes ambitions, tout en gardant la valeur ajoutée ici, en Belgique. Je ne connais pas beaucoup d’autres biotech wallonnes qui ont réussi cela.

Orgueil et préjugés 

Puisque François Blondel nous tend la perche, on la saisit et on n’hésite pas à lui demander son avis sur l’évolution des sciences de la vie en Wallonie. Acteur et observateur du secteur, il est clair pour lui « qu’il y a actuellement des espoirs non rencontrés et pas mal de déceptions », mais cela s’inscrit dans un cadre général qui n’est pas propre à la Wallonie. « Aujourd’hui, on compte probablement plus de faillites et de restructurations que ce à quoi on s’était attendu, mais si on prend un peu de recul, on se rend compte qu’on sort d’une période assez exceptionnelle, et que l’on revient à la norme ».

Et l’entrepreneur d’expliquer que pendant une dizaine d’années, les taux d’intérêt extrêmement bas que nous avons connus ont été une bénédiction pour les entrepreneurs, qui pouvaient ainsi financer leur prise de risque à moindres frais. « Beaucoup de gens se sont habitués à cette situation de sorte que le retour à une situation plus normale a été vécu comme un drame pour les entreprises sensibles aux taux d’intérêt, ce qui est le cas des biotech, qui reposent sur des cycles particulièrement longs. Ça a créé beaucoup de casse, mais la Région wallonne n’est pas une exception, c’est l’ensemble du secteur qui a souffert au niveau mondial ».

François Blondel

De quoi questionner la stratégie régionale en matière de Life Sciences ? Pas question, insiste François Blondel, qui rappelle la place stratégique qu’occupe la Wallonie. « Non seulement, ça reste un secteur extrêmement dynamique et une source de fierté, surtout quand on compare cela à la petite taille de notre région, mais il faut aussi se dire qu’il est plus facile de faire grandir quelque chose qui existe déjà que de partir de rien ».

On ne peut pas dupliquer du jour au lendemain la réussite des life sciences à des secteurs émergents comme l’intelligence artificielle, même si on en avait envie. La Région wallonne et la Belgique jouissent d’une réputation de premier plan dans les sciences de la vie, où elles peuvent s’appuyer sur un écosystème mature et homogène, alimenté par de petites, moyennes et grandes entreprises ainsi que par des universités réputées. Les fondamentaux sont là pour continuer à faire grandir le pôle Life Sciences.

Inutile donc pour l’entrepreneur de succomber au chant des sirènes. Au contraire, il faut garder le cap et continuer à faire preuve d’ambition. Et les pouvoirs publics ont clairement un rôle à jouer, insiste François Blondel. « C’est quand les taux d’intérêt remontent que le financement public prend toute sa valeur. Il faut que le politique ait le courage de donner à l’investisseur public le mandat d’investir de manière contracyclique ».

 

Made in Wallonia

 

Un pied dans le bassin liégeois, un pied dans le bassin carolo, François Blondel se félicite d’avoir eu la chance de vivre à beaucoup d’endroits, en Belgique et aux États-Unis. Une expérience qui lui permet d’apprécier tout particulièrement ce que la région a à offrir. « Chaque endroit a son originalité, ses caractéristiques propres. C’est une lapalissade, mais la réputation de Liège en termes de tempérament est excellente et enviée par les autres régions ». Une singularité qui n’impacte heureusement pas le sens des affaires, présent en Wallonie. « À Liège comme à Gosselies, j’observe un même professionnalisme dans les biotech, c’est rassurant ».

François Blondel

À ses heures perdues, l’entrepreneur joue d’ailleurs volontiers les ambassadeurs, comme lorsqu’il invite des couples d’amis à découvrir la ville. « Je suis passionné de musique, du rock à l’opéra. Avec mon épouse, il n’est pas rare que nous invitions des amis pour une représentation à l’opéra de Liège. Habituellement, nous passons la nuit à l’Hôtel Neuvice, et nous en profitons pour faire découvrir la ville à nos invités ». Passionné du jeu d’échecs, il avoue également avoir un faible pour la bande dessinée depuis son plus jeune âge, dont il est devenu, au fil du temps, un fervent collectionneur de planches originales. « Je suis très clairement amateur de ce qu’on appelle la BD franco-belge classique. Les géants de la BD, Franquin en particulier ». Un plaisir au doux parfum de nostalgie, qu’évoque avec plaisir celui qui dit être tombé dedans avec Les extraordinaires aventures de Corentin par Paul Cuvelier. Un périple qui lui a donné l’envie d’entreprendre un tour du monde à la fin de ses études et de s’établir pour un temps à l’étranger.

En guise d’au revoir, on demande à François Blondel si, en affaires, il est plutôt Largo Winch ou Blueberry. « J’apprécie les deux. Ils incarnent tous deux: audace, loyauté et liberté », répond diplomate celui chez qui on reconnaîtrait presque un petit air de Ric Hochet.

À propos de KitoZyme, KiOmed et BiOkuris

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