Bien bâti

17 février 2026

Cœur de métier

Longtemps présenté comme le fils prodige d’un écosystème tech wallon en gestation, l’élève Sébastien Remacle a aujourd’hui la stature de maître. À 34 ans, il assure les commandes d’une société de 80 travailleurs, bientôt 100, tandis qu’il prépare activement son emménagement au cœur de la Cité ardente. Un œil rivé sur ses tableaux de bord, un autre tourné vers l’avenir, il a soif d’ambition, sans succomber à l’ivresse du Start-Up System. Rencontre avec celui qui digitalise le bureau de ceux qui préfèrent le terrain.

Aussi loin qu’il s’en rappelle, Sébastien a toujours voulu être entrepreneur. Enfant déjà, il toquait aux portes du quartier pour vendre des fleurs à ses voisins avant de proposer, quelques années plus tard, de développer des sites internet pour les commerçants du coin. Une manière comme une autre de gagner de l’argent, mais surtout de créer de la valeur. Une obsession chez le jeune homme qui entreprend des études de développeur web, fasciné par des marketplaces comme TripAdvisor, Booking.com ou encore OpenTable. Des plateformes simples d’utilisation, qui offrent un vrai service aux usagers, tout en allégeant considérablement la charge administrative des professionnels qui peuvent alors se concentrer sur leur cœur de métier : assurer un service de qualité et accueillir dignement leurs clients.

 

Cas d’école

 

Une fascination qui deviendra une vraie source d’inspiration lorsque le jeune homme décide de consacrer son travail de fin d’études à la création du « TripAdvisor » des métiers de la construction suite à une mésaventure avec un cuisiniste sans scrupule qui laissera la famille Remacle sur le carreau après une mise en faillite. Une situation fâcheuse qui aurait pu selon Sébastien être évitée via une analyse rigoureuse des fondamentaux de l’entreprise. Très rapidement, le Liégeois se prend au jeu, et décide de ne pas en rester là. Sans expérience et sans réseau professionnel, il intègre le VentureLab, l’incubateur étudiant de l’ULiège, pour faire ses premières armes. En parallèle, il se lance corps et âme dans la réalisation de sites web pour des tiers. Une source de revenus qu’il réinjecte entièrement dans le projet et qui lui permet d’engager Florian, son premier employé et ancien camarade de classe. « Un vrai petit génie du développement » de l’aveu de Sébastien, qui préfère lui laisser le soin de travailler sur le projet Trustup.

Trustup

Rigoureux et travailleur, Sébastien pose alors les fondations de son projet, qu’il construit ensuite brique par brique. Au mentorat qu’offre le VentureLab succèdent les premières levées de fonds, chez LeanSquare, puis chez Noshaq. Initialement pensé comme une plateforme de mise en contact entre particuliers et professionnels du bâtiment, Trustup a pour objectif d’assurer le meilleur match possible, en toute sécurité, la bonne santé économique des professionnels inscrits sur la plateforme étant vérifiée par celle-ci.

Une première offre de service qui séduit les corps de métiers, qui y trouvent une manière d’alimenter et diversifier leur dealflow, et qui n’hésitent pas en retour à solliciter la start-up pour les accompagner dans leur digitalisation. Pour la plupart des artisans, le vrai défi, c’est la gestion et l’optimisation des tâches administratives du quotidien, comme faire les devis ou facturer au juste prix. Des obligations aussi chronophages qu’impératives. Faute de solution maison, Trustup les renvoie vers des logiciels tiers et peu adaptés, mais chez Sébastien, l’idée d’une offre full service fait son chemin, d’autant qu’il voue une admiration pour les plateformes comme Doctolib ou OpenTable. Arrive alors le Covid. Tout le secteur est mis à l’arrêt et, plutôt que de mettre ses développeurs web en chômage économique, le CEO décide d’y aller à fond et de développer en interne ces outils qu’on lui demande et qui lui manquent. Pour la société liégeoise, c’est un tournant.

C’est à ce moment-là qu’on a commencé à créer une vraie rupture technologique. Des modèles de ce type existaient déjà pour d’autres secteurs, mais rien de comparable pour les métiers du bâtiment. Après avoir élaboré notre marketplace, on a décidé d’aller encore plus loin en développant la suite logicielle Trustup Pro, qui génère énormément de valeur pour les usagers

Sébastien Remacle, Fondateur et CEO de Trustup

En pratique, moyennant le paiement d’un abonnement, les professionnels inscrits sur la plateforme bénéficient de visibilité sur celle-ci et d’une mise en contact directe avec des clients. « En moyenne, nous amenons 250.000€ de volume d’affaires par professionnel ». En outre, ils accèdent aussi à la suite Trustup Pro qui leur permet de faire des devis, calculer leur marge de rentabilité et toute une série d’opérations en quelques clics. Une offre d’autant plus précieuse que 85% des clients de la plateforme sont des indépendants qui opèrent seuls et doivent gérer leur administratif entre les chantiers, en soirée ou le weekend.

On intervient juste avant les suites comptables du type Odoo. L’idée, c’est que via Trustup Pro, un entrepreneur puisse toujours avoir son entreprise dans sa poche. C’est non seulement extrêmement pratique, mais ça permet de libérer beaucoup de temps. On reçoit beaucoup de marques de soutien de professionnels qui nous disent qu’avec Trustup Pro, ils parviennent à passer plus de temps avec leur famille. C’est extrêmement gratifiant.

Ordres de grandeur

 

De contrats en succès, Sébastien Remacle s’impose progressivement dans le paysage. D’abord à Liège et en Wallonie, où il rachète son concurrent Walup, puis en Flandre, avec l’ouverture d’un premier bureau à Louvain en 2021 et en France, où la start-up consolide aujourd’hui activement sa présence via une formule déjà éprouvée en Belgique : des campagnes marketing d’awareness à destination du grand public couplées à un démarchage structuré des professionnels du bâtiment. Sans doute avez-vous déjà vu passer une des publicités de Trustup, en ligne, sur des panneaux d’affichage ou même à la télévision.

Trustup

Preuve de son succès, la société a récemment communiqué sur le fait qu’elle a à ce jour généré un volume d’activité pour ses membres affiliés de l’ordre d’un milliard d’euros. Un cap symbolique qui n’est pourtant qu’une goutte d’eau à l’échelle du marché qu’ambitionne Sébastien Remacle. En Belgique, Trustup est déjà rentable. En France, elle est en bonne voie. Mais avec ses 5.000 clients enregistrés, du jardinier à l’entrepreneur général, la société n’a fait qu’égratigner un marché gigantesque. « Nous avons levé 5M€ il y a un peu plus d’un an, pour financer notre implantation en France, qui n’est pas un petit morceau puisqu’on y compte 700.000 entreprises actives dans le bâtiment. À l’échelle européenne, c’est encore bien plus. La marge de progression est gigantesque. Pour nous, le coût principal, c’est celui de l’acquisition client. Si notre modèle est fort, c’est surtout parce qu’il est récurrent. En 2026, on devrait être proche des 10M€ d’ARR (NDLR, Revenus Annuels Récurrents) ».

 

Construire l’avenir

 

Si de l’extérieur, la trajectoire de Trustup semble aussi linéaire qu’exemplaire, la vie d’un entrepreneur n’est jamais un long fleuve tranquille. C’est même plutôt une tempête permanente face à laquelle il convient de garder la tête froide. Un exercice que le CEO rapproche volontiers au sport de haut niveau, qu’il a pratiqué un moment en tant que cycliste sur route, catégorie « espoirs ».

Le sport de haut niveau m’a permis d’acquérir des compétences qui me sont aujourd’hui essentielles, à commencer par l’effort et la résilience. En affaires comme dans le sport, le mental est capital. Si celui-ci n’est pas en acier trempé, on ne va pas très loin

Un côté force tranquille qui permet à Sébastien d’avancer à son rythme, celui d’une start-up qui préfère les codes d’une PME. « Je suis obnubilé par la croissance, c’est dans ma nature. Le potentiel de Trustup est énorme et il y a une vraie volonté de grandir, mais c’est aussi une société que je gère en bon père de famille, sans brûler du cash de manière excessive ». Ce qui ne l’empêche pas de se montrer terriblement exigeant envers ses équipes, de son propre aveu. « Je dois toujours être prudent dans ma gestion des ressources humaines, car trop souvent, je pars du principe que si quelque chose est facile pour moi, ça va être facile pour tout le monde. Je suis un homme de chiffres et je peux me montrer très poussier sur la performance, mais tout le monde ne fonctionne pas comme ça. Certaines personnes fonctionnent plus au feeling et à l’affect. Il faut pouvoir leur faire une place ».

Trustup

Plutôt discret de nature, Sébastien préfère d’ailleurs se tenir loin des projecteurs que d’autres poursuivent avec plaisir. Une attitude qu’il accepte aujourd’hui de revoir un minimum, conscient que la croissance enregistrée au cours des dernières années lui confère aussi des devoirs, à commencer par celui d’accepter de se positionner comme un Role Model.

Je n’aime pas me mettre en avant, mais avec le temps, ma position a quelque peu évolué. J’aime ma région et je pense qu’il y a aujourd’hui trop peu de boîtes tech à Liège, quand on compare à Bruxelles ou à Gand. Et ce n’est pas faute de talents. De plus en plus, je me dis que mon rôle évolue, dans l’entreprise et dans la société, même si on est encore au tout début et que Trustup peut encore vraiment grandir. À ce jour, il n’y a pas énormément de sociétés tech qui ont généré ce niveau de revenu en Wallonie. On ramène à Liège et en Wallonie de la valeur créée dans d’autres régions, c’est quelque chose de fantastique

New kid in town

 

Et le jeune CEO de joindre le geste à la parole. Récemment, la société a pris la décision de déménager son siège ansois à La Grand Poste, au cœur du CAN District. D’ici à septembre, c’est une centaine de personnes – des développeurs, des product owners ou encore des commerciaux – qui s’installeront ainsi dans le bâtiment Relais Grand Poste, partagé avec les équipes de Qu4tre, la télévision locale, et du département communication de l’ULiège. Une bonne nouvelle pour l’écosystème entrepreneurial liégeois, auquel Sébastien n’est pas peu fier de contribuer.

Historiquement, nos bureaux étaient situés dans le quartier Longdoz. J’ai adoré cette période, qui permettait plein de choses après le travail, faire des courses ou boire un verre. J’aime beaucoup la ville et je voulais y revenir. On en a discuté avec Noshaq et l’implantation à La Grand Poste faisait beaucoup de sens. J’aime l’idée d’un écosystème dynamique, de bureaux animés. J’aime que ça bouge et La Grand Poste est un lieu idéal pour ça. Je pense qu’on peut vraiment apporter notre contribution à cette dynamique. On doit s’inspirer de ce que le Winter Circus fait à Gand, ou Station F à Paris. Liège a ce qu’il faut pour faire naître un bel écosystème

Optimiste par nature, Sébastien ne manque pas d’enthousiasme, ni pour ses projets ni pour sa région. Ni même pour un secteur d’activité, pourtant mal mené au cours des dernières années. « 2024 a été particulièrement difficile, car on a connu plusieurs crises qui se sont superposées, surtout sur le marché du neuf. Pour la rénovation, c’est différent, car on peut reporter les investissements, mais pas éternellement. Parallèlement, si ça a été difficile pour de nombreuses entreprises, le résultat est aussi une consolidation du secteur, car ce sont surtout les plus fragiles qui ont trinqué ».

Trustup

L’orage étant passé, Sébastien se montre même plutôt serein quant à l’avenir des métiers de la construction. « Aujourd’hui, je ne vois pas venir de crise majeure sur le marché de la rénovation, prépondérant dans le secteur privé. Quelqu’un qui travaille bien et qui gère bien – et Trustup est là pour ça – peut même gagner beaucoup d’argent, tandis que l’IA va progressivement délester les entrepreneurs de nombreuses tâches administratives ». Et Sébastien de conclure qu’aujourd’hui, naissent les futurs plombiers millionnaires. Croyez-le sur parole, c’est le père d’un enfant de 10 mois qui vous le dit.

À propos de Trustup

 

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